BEARTOOTH « Pure Ecstasy » : plus libre, plus ambitieux, toujours aussi efficace (Chronique)

BEARTOOTH « Pure Ecstasy » : plus libre, plus ambitieux, toujours aussi efficace (Chronique)

Avec Pure Ecstasy, son sixième album, BEARTOOTH semble avoir décidé de repousser une nouvelle fois les limites de ce qu’il est capable de proposer. Après un The Surface qui avait permis au groupe de franchir un nouveau cap commercial et créatif, Caleb Shomo revient avec un disque plus ouvert, plus varié et surtout débarrassé d’une partie des contraintes qui pouvaient encore encadrer son écriture. Une évolution qui ne signifie pourtant pas que BEARTOOTH abandonne ce qui a fait sa force, bien au contraire.

Dès le morceau-titre, le ton est donné. Pure Ecstasy plonge directement dans les extrêmes émotionnels qui accompagnent depuis toujours la musique de Caleb Shomo. Mais là où les précédents albums semblaient souvent se construire autour du combat contre l’anxiété, la colère ou l’autodestruction, celui-ci donne davantage l’impression d’observer ce qui vient après. La douleur est toujours présente, mais elle n’est plus forcément le seul point de départ. Il y a désormais une forme de liberté, une envie de regarder ailleurs et d’explorer de nouvelles possibilités.

Musicalement, cette volonté d’ouverture est particulièrement évidente. BEARTOOTH évolue toujours dans cette zone située entre metal moderne, rock et metal alternatif, avec une capacité à passer d’une section agressive à un passage beaucoup plus mélodique sans jamais perdre son identité. La production massive met parfaitement en valeur les riffs accrocheurs, les parties particulièrement groovy et ces changements de dynamique qui donnent aux morceaux une efficacité immédiate.

Caleb Shomo conserve surtout l’une de ses plus grandes qualités : son incroyable sens du refrain. Qu’ils soient rageurs, mélodiques ou plus directs, les refrains de Pure Ecstasy sont conçus pour rester en tête. C’est notamment ce qui permet à des titres comme « Eyes Closed », « Bullshit », « Beautiful Again » ou « Stadiums » de fonctionner presque instantanément. BEARTOOTH sait depuis longtemps composer des morceaux capables de provoquer une réaction dès la première écoute, et cet album ne remet absolument pas cette capacité en question.

« Free » résume d’ailleurs assez bien cette nouvelle orientation. Le morceau illustre cette envie de se débarrasser de certains poids et de regarder vers quelque chose de plus lumineux, sans pour autant nier les difficultés qui ont précédé. « Sorry », « Lose You To Find Me » ou encore « You » prolongent cette approche avec des atmosphères parfois plus nuancées, tandis que « For Me By Me » et « Made It » permettent à l’album de conserver cette énergie qui reste indissociable du groupe.

Cette évolution est aussi liée à la manière dont l’album a été conçu. Pour la première fois, Caleb Shomo n’a pas porté seul l’intégralité du processus créatif. Les contributions de Skyler Acord lors des premières phases d’écriture, puis le travail de Jordan Fish, ont notamment permis d’explorer de nouvelles directions. Une collaboration qui semble avoir offert à Shomo suffisamment d’espace pour se livrer autrement, tout en conservant le contrôle sur l’identité de BEARTOOTH.

Avec ses onze titres et ses 38 minutes, Pure Ecstasy va donc droit à l’essentiel. Il n’y a pas vraiment de temps mort et l’album évite de s’enliser dans des expérimentations qui auraient pu diluer son efficacité. BEARTOOTH reste avant tout un groupe capable de composer des titres immédiatement accessibles, et c’est probablement là que se trouve à la fois la principale qualité et la principale limite de ce nouvel opus.

Car si Pure Ecstasy est plus ouvert et plus varié, il n’est pas forcément l’album le plus original de la scène metal moderne. BEARTOOTH évolue dans un registre aujourd’hui largement exploré par de nombreux groupes, entre riffs puissants, grosses productions, grooves efficaces et refrains taillés pour les salles de concert. Mais le groupe possède une maîtrise de cette formule qui lui permet de tirer son épingle du jeu.

Au fil des années, Caleb Shomo a démontré qu’il savait transformer ses expériences personnelles en morceaux capables de toucher un public particulièrement large. Pure Ecstasy poursuit cette démarche tout en donnant l’impression d’un artiste qui cherche moins à reproduire ses anciennes recettes qu’à profiter de la liberté acquise au fil de sa carrière. Le résultat n’est peut-être pas une révolution, mais il est suffisamment solide pour confirmer la place de BEARTOOTH dans le metal moderne.

Avec Pure Ecstasy, BEARTOOTH ne cherche donc pas nécessairement à réinventer son genre. Le groupe préfère perfectionner une formule qu’il maîtrise, tout en lui apportant davantage de nuances et d’ouverture. Les fans retrouveront les riffs, les grooves, les refrains accrocheurs et cette énergie cathartique qui ont fait le succès de Caleb Shomo, mais avec une approche qui semble aujourd’hui plus libérée.

Un album efficace, moderne et particulièrement bien produit, qui confirme surtout que BEARTOOTH n’a pas fini d’évoluer. Pure Ecstasy ne bouleversera probablement pas les codes du metal moderne, mais il offre suffisamment de titres percutants pour ravir les fans du groupe et accompagner parfaitement cette nouvelle étape de la carrière de Caleb Shomo.

 

xWebbYx

Rédacteur en chef et administrateur de TRexSound.com, xWebbYx explore la scène metal sous toutes ses formes, avec une attention particulière portée à l'intensité du live et à l'authenticité des artistes. À travers interviews, chroniques et live reports, il met en lumière les acteurs d'une scène en perpétuelle évolution, des figures emblématiques aux talents émergents.

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