AXTY bouscule les codes du deathcore avec « The Pain Made Me Who I Am » (Chronique)

AXTY bouscule les codes du deathcore avec « The Pain Made Me Who I Am » (Chronique)

Il y a des albums que l’on écoute, et d’autres qui semblent vouloir nous sauter à la gorge. Avec The Pain Made Me Who I Am, AXTY appartient clairement à la seconde catégorie. Le trio brésilien composé de Felipe Hervoso au chant, Gabriel Vacari à la batterie et Jonathas Peschiera à la guitare livre un deuxième album qui ne fait absolument aucune concession sur la violence, tout en refusant de se contenter des recettes habituelles du deathcore et du metalcore. Sorti ce 21 août 2026 chez Napalm Records, ce disque pourrait bien être l’une des propositions les plus imprévisibles de la scène moderne.

Et autant le dire immédiatement : attention, The Pain Made Me Who I Am n’est probablement pas à mettre entre toutes les oreilles. Pour les amateurs de metal extrême, en revanche, il y a ici largement de quoi se réjouir. AXTY propose un album d’une rare violence, mais surtout une violence qui n’est jamais figée. Les Brésiliens semblent avoir pris le deathcore, le metalcore, le nu-metal, le djent et quelques sonorités plus futuristes pour mieux les faire exploser les uns contre les autres. Le résultat est particulièrement difficile à anticiper.

Dès « pain made me », le ton est donné. Les guitares accordées très bas, les samples et cette ambiance presque oppressante installent une tension qui va rapidement laisser place à « who I am ». Et là, AXTY commence déjà à brouiller les pistes. Un passage metalcore mélodique peut soudainement laisser place à une séquence deathcore d’une brutalité dévastatrice, avant qu’un refrain plus aérien ne vienne presque nous faire oublier ce qui vient de se passer. Le groupe explique d’ailleurs avoir voulu traduire musicalement le concept de l’album, en opposant les moments denses et agressifs aux passages plus doux, comme une représentation de la douleur et de ce qu’elle peut finalement permettre de construire.

C’est probablement là que réside l’une des grandes forces de ce disque : rien ne semble vraiment installé. On croit comprendre où AXTY veut nous emmener, et le groupe prend immédiatement une autre direction. Les arrangements bougent sans arrêt, les rythmiques se déstructurent, les guitares multiplient les changements et les vocaux passent de la mélodie aux hurlements, growls et squeals avec une facilité assez impressionnante.

Felipe Hervoso est évidemment l’un des éléments centraux de cette identité. Son registre est particulièrement large et lui permet de passer d’un chant clair et émotionnel à des vocalises extrêmes qui semblent parfois sortir d’un autre groupe. Cette opposition fonctionne particulièrement bien lorsque les refrains mélodiques arrivent au milieu d’un déluge de riffs et de breakdowns. Là où certains groupes utilisent le chant clair comme une simple respiration entre deux passages brutaux, AXTY l’intègre réellement à son écriture.

« selfish », « fragile » ou encore « nothing but pain » illustrent parfaitement cette volonté de mélanger les extrêmes. « nothing but pain » pousse notamment assez loin cette approche futuriste du metalcore, tandis que « end this », qui referme l’album, va chercher du côté de l’alternative et du nu-metal. Ce dernier morceau est particulièrement intéressant parce qu’il montre qu’AXTY ne cherche pas uniquement à savoir jusqu’où il peut rendre son deathcore plus violent, mais plutôt jusqu’où il peut étirer les frontières de son propre univers.

Et puis il y a ces petits éléments qui pourraient sembler anecdotiques mais qui participent énormément à l’identité de l’album. Les samples, les ruptures parfois totalement inattendues, certains choix de production ou ces changements de direction qui peuvent intervenir au beau milieu d’un morceau donnent à l’ensemble une personnalité particulière. « who I am » va même jusqu’à intégrer un sample issu de The Office avant de basculer dans un breakdown particulièrement massif. Sur le papier, le mélange pourrait sembler improbable. À l’écoute, il contribue justement à rendre AXTY difficile à enfermer dans une case.

C’est aussi pour cette raison que The Pain Made Me Who I Am n’est pas un album que l’on apprivoise en une seule écoute. Il y a trop de choses qui se passent, trop de changements, trop de détails dans les arrangements pour pouvoir réellement en faire le tour immédiatement. La première écoute peut même donner l’impression d’un véritable rouleau compresseur. Mais en revenant sur les morceaux, on découvre progressivement les transitions, les subtilités de production, les variations vocales et les multiples influences qui composent le disque.

Et c’est là que le pari d’AXTY devient particulièrement intéressant. Le deathcore contemporain a énormément évolué ces dernières années, avec des groupes capables de repousser toujours plus loin les limites de la production et de la brutalité. AXTY semble pourtant chercher autre chose. Pas nécessairement à être le groupe le plus violent de la pièce, mais à construire quelque chose qui puisse surprendre même un auditeur habitué aux productions les plus extrêmes.

Le trio brésilien est encore loin d’avoir tout révolutionné, mais The Pain Made Me Who I Am pourrait bien participer à l’émergence d’une nouvelle façon d’aborder le metalcore/deathcore moderne. Une musique extrêmement brutale, mais qui refuse de sacrifier la mélodie, les arrangements ou l’expérimentation. Une musique capable de passer du groove au chaos, du chant clair au growl, du nu-metal au deathcore, parfois en quelques secondes.

Avec douze titres, AXTY ne cherche donc pas vraiment à nous laisser respirer. Le groupe préfère nous maintenir constamment sur le qui-vive, et c’est précisément ce qui rend l’expérience intéressante.

The Pain Made Me Who I Am est ainsi un album qui mérite plusieurs écoutes, mais surtout un album qui donne envie de voir jusqu’où AXTY pourra pousser cette formule. Les Brésiliens possèdent déjà une vraie capacité à surprendre et une identité qui commence à se dessiner très clairement. Leur signature chez Napalm Records et les tournées déjà effectuées avec Born of Osiris puis Lacuna Coil montrent d’ailleurs que le groupe est clairement en train de franchir un nouveau cap.

Reste maintenant à savoir ce que cette déferlante donnera sur scène. Car si les arrangements de The Pain Made Me Who I Am sont aussi efficaces en live que sur disque, les prestations d’AXTY pourraient rapidement devenir particulièrement chaotiques. Et nous avons clairement hâte de découvrir cela en France.

Pour les amateurs de deathcore, de metalcore moderne et de musiques extrêmes qui aiment être surpris, AXTY est définitivement un nom à retenir. Pour les oreilles moins averties, en revanche, mieux vaut peut-être commencer doucement. The Pain Made Me Who I Am ne demande pas la permission avant de frapper.

Notre verdict : un album brutal, imprévisible et particulièrement ambitieux, qui pourrait bien faire d’AXTY l’un des groupes à suivre de très près dans le metalcore/deathcore contemporain.

 

Eternal Cerberus

Eternal Cerebrus explore l’univers du Metal sous toutes ses formes, des ténèbres les plus brutales aux mélodies les plus éthérées. Sa plume capture l’intensité et la profondeur de ce genre, entre rage cathartique et émotions sublimes. Passionné et incisif, il écrit avec la même énergie qui anime les riffs et les cris.

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