Amon Amarth « The Allfather Awakens » : le Metal viking dans toute sa puissance (Chronique)
Avec The Allfather Awakens, Amon Amarth revient en 2026 avec un treizième album qui ne cherche clairement pas à bouleverser les fondations de son édifice. Depuis ses débuts dans les années 90, le groupe suédois a construit une identité particulièrement forte, entre Death Metal mélodique, riffs massifs, thématiques nordiques et refrains capables de transformer n’importe quelle salle ou festival en immense assemblée guerrière. Ce nouvel album s’inscrit pleinement dans cette tradition, tout en apportant quelques petites touches de nouveauté.
Dès les premières secondes, on retrouve ce qui fait la signature d’Amon Amarth. Le son est massif, précis et particulièrement bien produit, avec des guitares qui occupent tout l’espace sans jamais donner l’impression d’écraser le reste. La production permet à chaque instrument de trouver sa place et donne surtout aux riffs cette puissance immédiatement identifiable. Le groupe a d’ailleurs choisi de revenir à une approche légèrement moins moderne pour le son des guitares, en délaissant notamment les amplis 5150 au profit de Marshall. Une évolution discrète, mais qui participe à donner à l’ensemble une personnalité un peu plus organique.
Et puis il y a Johan Hegg. Sa voix reste l’un des éléments les plus impressionnants de l’identité du groupe. Ses graves sont toujours aussi profonds et puissants, avec cette capacité à donner à chaque ligne vocale une dimension presque monumentale. Après plus de trente ans de carrière, le chanteur n’a manifestement rien perdu de cette force qui permet à Amon Amarth d’être immédiatement reconnaissable dès les premières mesures.
L’album démarre avec « Gjallarhorn », un morceau qui coche rapidement toutes les cases du Amon Amarth que l’on connaît. Un riff entraînant, un rythme qui pousse naturellement à hocher la tête, un refrain fédérateur et cette impression que le titre a été pensé pour fonctionner aussi bien dans les écouteurs que devant plusieurs dizaines de milliers de personnes. « Eight Legs of Thunder » poursuit dans cette direction avec son rythme galopant et son inspiration autour de Sleipnir, le cheval à huit jambes d’Odin.
Mais c’est notamment avec « Kvasir’s Blood » que l’efficacité du disque saute aux oreilles. Le morceau possède cette capacité à accrocher immédiatement l’auditeur grâce à un travail particulièrement soigné sur les riffs et les mélodies. Même constat avec « The Allfather Awakes« , le morceau qui a donné son nom à l’album et qui concentre une bonne partie des éléments caractéristiques du groupe.
Ce qui frappe finalement sur The Allfather Awakens, c’est cette volonté de rendre chaque morceau immédiatement efficace. Le label explique que les musiciens ont travaillé titre par titre, en allant jusqu’au bout de chaque composition avant de passer à la suivante. À l’écoute, cette approche semble effectivement avoir porté ses fruits. Il n’y a pas véritablement de morceau qui donne l’impression d’être là pour simplement compléter la tracklist. Chaque titre possède son riff, son rythme, son refrain ou son ambiance permettant de lui donner une véritable identité au sein de l’ensemble.
Le disque propose également quelques variations. « Upphaf », première véritable incursion acoustique d’Amon Amarth, apporte une respiration au milieu de l’album. Le morceau tranche évidemment avec le reste de la production, mais conserve suffisamment de mélodies et de choeurs pour rester immédiatement identifiable. Loin de donner l’impression d’un exercice totalement hors sujet, cette parenthèse permet surtout de faire respirer l’album avant de repartir vers des territoires beaucoup plus lourds.
Les refrains constituent une nouvelle fois une arme particulièrement efficace. Amon Amarth sait depuis longtemps écrire ces passages que l’on retient dès la première écoute et que l’on imagine déjà repris par une foule entière. Cette dimension fédératrice fait partie intégrante de l’identité du groupe, tout comme ses récits inspirés de la mythologie nordique, des batailles, des héros et des sacrifices. The Allfather Awakens ne déroge évidemment pas à cette règle, avec Odin comme figure récurrente et plusieurs récits puisant dans l’histoire et les légendes nordiques.
Musicalement, on pourra évidemment reprocher au groupe de ne pas prendre de risques considérables. Mais ce serait aussi passer à côté de ce que cherche manifestement à accomplir The Allfather Awakens. Amon Amarth ne tente pas de réinventer son Metal. Le groupe cherche plutôt à pousser sa formule dans ses derniers retranchements et à rendre chaque élément aussi efficace que possible. Les riffs sont conçus pour accrocher, les mélodies pour rester en tête et les refrains pour être repris collectivement.
C’est peut-être justement là que se trouve la principale réussite de l’album. The Allfather Awakens ne donne pas l’impression d’être un disque construit pour démontrer que le groupe est capable de faire autre chose. Il ressemble davantage à celui d’un groupe qui connaît parfaitement ses forces et sait exactement comment les exploiter. Après plus de trente ans de carrière, cette maîtrise peut sembler moins spectaculaire qu’une véritable rupture stylistique, mais elle n’en demeure pas moins impressionnante.
Le dernier morceau, « Ascending Like an Eagle », prolonge d’ailleurs « Serpent’s Trail » de The Great Heathen Army et referme l’album sur une note qui résume assez bien son propos : persévérance, puissance et dépassement des obstacles. Une conclusion cohérente pour un disque qui avance sans jamais réellement faiblir.
Alors oui, The Allfather Awakens n’est pas une révolution. Il ne redéfinit pas les contours du Metal d’Amon Amarth et ne cherche même pas réellement à le faire. Mais est-ce véritablement ce que l’on attend du groupe ? Ce treizième album offre surtout ce que ses fans sont en droit d’attendre : un Metal massif, mélodique, puissant et extrêmement bien produit, porté par des riffs accrocheurs, des refrains fédérateurs et l’impressionnante voix de Johan Hegg.
Et surtout, il possède une qualité essentielle pour ce type de disque : une fois le dernier titre terminé, on a immédiatement envie de relancer l’album. Après tout, lorsque la formule fonctionne aussi bien, pourquoi vouloir absolument en changer ?
