PRONG : un nouvel album éponyme audacieux, entre retour aux sources et renouveau (Chronique)
Annoncé par Tommy Victor comme un retour aux sources, ce nouvel album éponyme de PRONG pourrait laisser imaginer une volonté de retrouver les sonorités qui ont fait la réputation du groupe dans les années 90. Pourtant, il serait réducteur de considérer ce disque comme un simple regard dans le rétroviseur. Car si PRONG renoue effectivement avec une certaine liberté créative de ses grandes années, c’est davantage dans son approche que dans sa musique qu’il faut chercher cette filiation. Pour son quatorzième album studio, le groupe new-yorkais choisit de bousculer ses propres habitudes et de repousser les limites de son identité musicale.
Depuis ses débuts, PRONG a toujours cultivé un mélange particulier de hardcore new-yorkais, de groove metal et de sonorités industrielles. Une recette qui lui a permis de se construire une identité immédiatement reconnaissable, notamment avec des albums incontournables comme Beg To Differ ou Cleansing. Mais avec le temps, cette signature musicale aurait pu devenir une zone de confort. C’est précisément ce que Tommy Victor semble vouloir éviter ici.
Dès The Banner, le ton est donné. Les riffs thrash s’accompagnent de refrains plus ouverts et mélodiques, donnant au morceau une dimension particulièrement accrocheuse. New Commission poursuit sur cette lancée avec une énergie débordante, tandis que The Uprising vient rappeler l’attachement du groupe à ses racines industrielles. Les textures électroniques s’intègrent naturellement à une rythmique pulsante, sans jamais prendre le dessus sur la puissance des guitares.
Mais c’est surtout dans sa capacité à multiplier les propositions que cet album se distingue. Avec Uncertain Truth, PRONG dévoile une facette plus mélodique, portée par un refrain particulièrement accrocheur. Une orientation que l’on n’attend pas forcément du groupe, mais qui fonctionne et apporte une respiration bienvenue à l’ensemble. À l’opposé, Fear The Sun vient rappeler que Tommy Victor n’a rien perdu de son goût pour les riffs incisifs et les décharges de hardcore. Le morceau possède cette agressivité frontale qui a toujours constitué l’une des grandes forces de PRONG.
La suite confirme cette volonté de ne pas se laisser enfermer dans un registre unique. Commonsense Resolution, Doomed World ou encore Transgression contribuent à cette diversité, tandis que Proportionate Response met en avant le travail de guitare et le chant caractéristique de Tommy Victor. Plus loin, Simulated Drowning relance la machine avec une efficacité redoutable avant que Our Continuance ne vienne conclure l’album sur une ambiance plus sombre et menaçante, entre pulsations méthodiques, passages dissonants et envolées mélodiques.
Cette alternance entre puissance, groove, mélodie et expérimentations constitue finalement le véritable fil conducteur de ce disque. PRONG ne cherche pas à empiler les morceaux dans une direction prédéfinie. Au contraire, le groupe semble prendre plaisir à explorer différentes pistes, quitte à surprendre son auditeur. Une démarche qui pourra certainement dérouter ceux qui attendent avant tout de retrouver le PRONG le plus direct et le plus immédiatement identifiable. Mais c’est aussi ce qui rend cette nouvelle livraison intéressante.
La production confiée à Andy Sneap, au mixage comme au mastering, accompagne parfaitement cette orientation. Le son est précis, puissant et particulièrement percutant, laissant suffisamment d’espace aux différentes textures pour s’exprimer. Les guitares conservent leur mordant, la section rythmique apporte toute l’assise nécessaire et les arrangements plus atmosphériques trouvent naturellement leur place dans cet ensemble.
Avec ce nouvel album, Tommy Victor et ses musiciens ne cherchent donc pas à refaire Cleansing ou Beg To Differ. Le véritable retour aux sources se situe ailleurs : dans cette envie de prendre des risques, de sortir de sa zone de confort et de ne pas considérer son propre style comme une frontière infranchissable. PRONG démontre qu’il est encore possible de faire évoluer une identité musicale pourtant solidement établie, sans pour autant perdre ce qui la rend si particulière.
Ce disque ne fera peut-être pas l’unanimité auprès des amateurs de la facette la plus radicale du groupe. Mais cette diversité mérite largement que l’on s’y attarde. Avec ce quatorzième album, PRONG signe une nouvelle étape dans son parcours, portée par une énergie intacte et une liberté créative qui rappellent finalement pourquoi le groupe a toujours occupé une place à part dans le paysage metal américain.
