Chronique : « Addicted to the Violence », le nouveau coup de poing de Daron Malakian and Scars On Broadway

Chronique : « Addicted to the Violence », le nouveau coup de poing de Daron Malakian and Scars On Broadway

Un regard brut, sans filtre, sur une humanité en chute libre

Daron Malakian revient avec un nouveau chapitre musical sous l’étendard Scars On Broadway, projet parallèle mais loin d’être secondaire. Addicted to the Violence, son troisième album studio, fait suite à Dictator (2018) et s’inscrit dans la continuité d’une démarche artistique profondément personnelle, viscérale et sans concessions.

S’il est difficile de ne pas penser à System Of A Down,Malakian en étant l’un des cerveaux créatifs, ce nouvel opus affirme davantage encore une singularité qu’il travaille depuis plus de quinze ans.

Dès l’ouverture avec « Killing Spree », l’ambiance est posée : sombre, critique, directe. Le titre, déjà clippé, aborde sans détours la violence juvénile et la déshumanisation progressive de nos sociétés. Malakian n’y va pas par quatre chemins, il pose des constats crus, amers, voire glaçants, et les traduit avec une voix toujours aussi acérée, à la fois mélodique et tranchante, posée sur une instrumentation rugueuse et sans fioritures.

Ce qui frappe ici, c’est le son brut, organique, parfois presque artisanal. On est loin des grosses productions surfaites ou des arrangements calibrés pour le streaming. Malakian produit lui-même, joue presque tout, et cela s’entend : Addicted to the Violence respire l’honnêteté, l’urgence, la spontanéité. Le disque n’est pas poli pour séduire, il est brut pour déranger.

L’album s’offre aussi quelques instants plus inattendus, à l’image de « The Shame Game », un ovni sonore entre rock alternatif et metal hybride, bourré de groove, de bizarrerie et d’émotion. On y sent la volonté de Malakian de ne pas se limiter à un seul registre. Comme il le dit lui-même, « je n’utilise pas qu’une seule couleur sur ma palette. » On passe donc sans prévenir de riffs métalliques puissants à des lignes plus aériennes, voire psychédéliques.

Le single « Destroy the Power » vient quant à lui injecter une énergie plus immédiate, plus catchy, un hymne fédérateur dans la lignée des meilleurs titres de Dictator. Mais au-delà de ce morceau, Addicted to the Violence est un patchwork de ce que Daron fait de mieux : fusionner les genres, balancer entre cynisme et sincérité, et composer une bande-son aussi dérangeante que captivante de notre époque.

L’ensemble conserve cette patte unique, reconnaissable entre mille, celle d’un musicien libre, qui refuse les compromis et qui semble presque mieux s’exprimer hors du cadre System Of A Down. On retrouve d’ailleurs ce même mélange de colère, de mélancolie, de critique sociale et de second degré, mais dans un format encore plus intime, comme s’il nous ouvrait les portes de son propre carnet de rage.

Addicted to the Violence ne révolutionne pas la formule Malakian, mais il l’affine, la précise, et la pousse dans ses retranchements les plus sombres. Les fans de la première heure y trouveront ce qu’ils attendent, et ceux qui cherchent une expérience musicale authentique, rugueuse et profondément humaine y entendront un artiste qui continue, envers et contre tout, à dire ce qu’il pense – et surtout, à le crier avec talent.

 

Azula Jinora

Azula Jinora est une chroniqueuse passionnée par les musiques enragées, avec une expertise exceptionnelle dans le rock, le metal, le hardcore et leurs multiples sous-genres. Dotée d'une immense culture musicale, elle explore avec précision et sensibilité l'univers des riffs puissants, des rythmes effrénés et des émotions brutes.

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