Kreator, Carcass et Exodus en feu au Zénith de Paris : une soirée thrash d’une intensité rare
Il est 19:10 lorsque les premières notes de « We Will Rock You » résonnent dans un Zénith de Paris en configuration réduite, mais déjà bien rempli par un public de connaisseurs. L’affiche est alléchante: Exodus, Carcass et Kreator, et promet une soirée placée sous le signe de la violence maîtrisée, du riff tranchant et d’une efficacité redoutable jusqu’à 23:00.
C’est donc aux Californiens d’Exodus d’ouvrir les hostilités pour un set de 40 minutes. Si Nails assurait initialement l’ouverture dès 18:20, l’horaire aura eu raison d’une partie du public (votre serviteur également…). Qu’importe, Exodus ne fait pas dans la demi-mesure et démarre pied au plancher avec « 3111 », avant d’enchaîner avec un « Bonded by Blood » ravageur qui met instantanément le pit en ébullition. « Deathamphetamine » déclenche un circle pit massif, et la machine est lancée.
Le public répond présent, bras levés, cornes dressées, cris et hurlements accompagnent chaque injonction de Rob Dukes. Car ici, il ne s’agit pas d’une simple première partie, mais d’une véritable légende du thrash américain venue incendier Paris. Quelques secondes de « Raining Blood » de Slayer suffisent à faire monter encore la pression avant un « The Toxic Waltz » fédérateur. Le groupe est partout sur scène, précis, rodé, implacable. Le final sur « Strike of the Beast » se conclut dans un wall of death massif, laissant une salle déjà conquise.
À 20:15, Carcass investit la scène avec une toute autre atmosphère. Le décor, froid et clinique, mêle visuels en noir et blanc et écrans verticaux disposés entre les amplis, renforçant l’identité visuelle du groupe. L’agressivité est toujours présente, mais plus contrôlée, plus chirurgicale.
Le quatuor britannique impose son expérience avec une maîtrise impressionnante. Les riffs sont précis, les solos tranchants, et les mid-tempos s’infiltrent dans les nuques sans prévenir, déclenchant un headbang quasi instinctif. Là où Exodus frappe frontalement, Carcass joue sur les nuances et la richesse de ses compositions, donnant presque l’impression d’assister à un changement de plateau en festival.
Jeff Walker, sobre mais charismatique, mène les opérations avec autorité. Sa basse levée comme une arme, il martèle des lignes lourdes et incisives. Le public, captivé, répond par des ovations nourries après chaque titre. Une prestation solide, intelligente, et parfaitement exécutée.
21:30. Un immense drap blanc cache la scène. Une projection vidéo s’anime, composée de sculptures, de tableaux, de scènes de guerre passées et contemporaines se succèdent dans une mise en scène saisissante. Puis, une guillotine apparaît. Le rideau tombe. Kreator entre en scène.
Et là, tout change de dimension.
Pendant 1h30, le groupe allemand livre un show colossal, digne de son statut de tête d’affiche internationale. La scénographie est impressionnante, deux statues démoniaques encadrent la scène, tandis que la batterie surplombe l’ensemble derrière d’immenses cornes. Flammes, fumées, lumières, tout est pensé pour une immersion totale.
Musicalement, c’est une démonstration de force. « Seven Serpents », « Hail to the Hordes » ou encore « Satanic Anarchy » sont assénés avec une précision redoutable. Des figures encapuchonnées apparaissent sur scène une torche à la main, ajoutant une dimension théâtrale à un show déjà spectaculaire. « Hate Über Alles » est repris en chœur par toute la salle, transformant le Zénith en véritable arène.
Mille Petrozza harangue la foule, omniprésent, charismatique, tandis que le groupe multiplie les interactions avec les fans au plus près des barrières. Sur « Satan Is Real », la communion est totale. Puis vient « Loyal to the Grave », moment fort où Frédéric Leclercq délaisse la basse pour assurer la guitare, allant jusqu’à prendre le solo, pendant que Petrozza apparaît avec des ailes démoniaques pour se concentrer sur le chant.
Le spectacle est total, aussi impressionnant visuellement que musicalement. Les jeux de lumière subliment chaque instant, renforçant encore l’impact de chaque morceau. Le final sur « Pleasure to Kill » vient sceller une prestation monumentale.
Une soirée d’une intensité rare, portée par trois formations majeures qui, chacune à leur manière, ont livré une performance mémorable. Une chose est sûre, Paris en redemande déjà.
