Live Report : Iron Maiden & Avatar, 19 juillet 2025 à Paris La Défense Arena (Nanterre)
Nous avons l’habitude de voir le parvis de La Défense noir de monde. Cependant, nous avons moins l’habitude de le voir rempli de personnes vêtues de t-shirts noirs et encore moins en plein mois de juillet, loin des jours travaillés et de l’effervescence que ce lieu connaît habituellement aux heures de pointe. En effet, malgré la période estivale plutôt propice aux congés, déplacements et festivals pour les plus chanceux d’entre nous qu’aux concerts en salle, c’est devant une Paris La Défense Arena à guichets fermés que nous retrouvons, pour la première de leurs deux dates prévues en ce week-end de mi-juillet, les légendaires Iron Maiden, accompagnés des Suédois d’Avatar. C’est la première fois que nous avons l’occasion de voir les Britanniques en salle (nous les avions vus déjà deux fois, mais uniquement en festival) et autant dire qu’au vu de tout ce qu’on nous a raconté sur les prestations en salle de la bande de Steve Harris, nous avons hâte, d’autant que cette tournée, célébrant les 50 ans du groupe et faisant la part belle aux albums parus entre 1980 et 1992 (exception faite de No Prayer for the Dying), s’annonce grandiose.
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Place est donc prise en fosse quelques minutes avant la première partie assurée par Avatar, non sans être passé au merch officiel d’Iron Maiden au préalable (notons de magnifiques visuels pour les t-shirts et autres goodies du groupe mais à des prix prohibitifs : 50€ le t-shirt, cela fait mal au portefeuille… Notons également l’absence de stand de merch pour Avatar, assez surprenant). 19h30, Avatar prend place sur les planches nanterriennes devant une salle remplie aux deux tiers. Nous avons déjà eu l’occasion de voir le groupe cinq fois et, malgré toute la bonne volonté dont ils font preuve, on sent que l’audience, majoritairement plus âgée qu’à l’accoutumée, a un peu de mal à rentrer dans l’univers si particulier de la formation suédoise. Que cela ne tienne,
les fans du groupe (dont nous faisons partie et nous ne sommes pas les seuls au vu des nombreux t-shirts du groupe portés par la partie “jeune” de l’audience) peuvent profiter d’un concert très sympathique, sans grande surprise cela dit. En effet, s’agissant d’un concert d’ouverture, le groupe mise sur ses classiques plutôt que sur des prises de risques. Nous avons droit à un petit best of puisé au sein des albums Black Watlz (2012), Hail the Apocalypse (2014) et Dance Devil Dance (2023), ce qui nous laissera un peu sur notre faim niveau setlist et ce malgré deux titres, à savoir In the Airwaves et Captain Goat, qui apparaîtront sûrement sur le prochain disque du groupe. Notons d’ailleurs que, suite à l’interprétation de ce titre, Johannes Eckerström, frontman de la bande, confie à l’assemblée que le premier concert que les membres d’Avatar aient vu ensemble était un concert d’Iron Maiden à Stockholm ainsi qu’à quel point ils sont fiers et n’auraient jamais pu imaginer partager l’affiche avec ces derniers. La boucle est donc bouclée !
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Avatar est toujours excellent sur scène et, même si nous restons sur une configuration “première partie” (moins d’effets disponibles, temps réduit, public plus distrait…), chaque musicien sait ce qu’il a à faire et le fait bien, finissant ainsi par convaincre de nombreux membres de l’assemblée et sortant, avec un sourire sincère, sous des applaudissements nourris (et ce malgré un son que nous qualifierons de moyen, si ce n’est de médiocre). Nul doute que lors de leurs prochains concerts en tête d’affiche sur nos terres (les 2 et 7 mars 2026, respectivement à la Fiducial Astéria de Lyon-Décines et au Zénith de Paris), les Suédois d’Avatar retrouveront quelques fans les ayant découverts lors de cette première partie !
Suite à cette bonne mise en bouche, nous devons patienter quelques dizaines de minutes avant que la sono ne diffuse Doctor Doctor d’UFO, signe que l’arrivée des Britanniques est imminente. C’est finalement peu avant 21h que les lumières s’éteignent et que les écrans se mettent à diffuser, sous le son de l’instrumental Ides of March, un petit film d’animation. Vraisemblablement fait par IA, il nous plonge dans un Londres obscur, sale et mal famé avant de nous mettre sur la route d’Eddie, que l’on ne fera pas l’affront de présenter. Fondu au noir et Iron Maiden débarque en pleine bourre sur les planches franciliennes avec Murders in the Rue Morgue, devant une toile de fond présentant Paris sous une inquiétante brume rougeâtre. Inquiétant, c’est également le ressenti que nous avons assez rapidement au niveau du son : si nous le jugions comme moyen, voire médiocre pour Avatar, difficile de trouver un meilleur adjectif que mauvais pour Iron Maiden, tant le son de l’arène semble écrasé, avec des basses saturées au maximum. Nous réussissons à atténuer ce problème avec des protections auditives, mais un son de cette qualité est, selon nous, à la limite du manque de respect tant pour les fans que pour le groupe. Cela n’empêche toutefois pas Iron Maiden de nous proposer un magnifique spectacle visuel, avec des décors changeants à quasiment chaque morceau. Que dire des magnifiques arrières plans et jeux de lumière sur Wrathchild et Killers, titre durant lequel Eddie se présentera sur scène pour rajouter du spectacle ? Un régal oculaire. Suite à ce morceau, Bruce Dickinson (qui changera de tenue à chaque titre interprété ou presque) nous gratifie d’un petit discours en français, remerciant les fans, présentant le batteur Simon Dawson (ayant pris la suite, pour les tournées en tout cas, de Nicko McBrain) et en promettant à l’assemblée, pour fêter les 50 ans de carrière, pas moins de deux heures de concert (ce qui se fait de plus en plus rare, il faut le souligner), avant de présenter un rideau rouge derrière lui, laissant place à une représentation de l’escalier du Palais Garnier précédant l’interprétation de Phantom of the Opera.
Nous avons droit à de la pyrotechnie pour Number of the Beast, faisant son petit effet, avant l’interprétation de titres plus rares, comme The Clairvoyant et Powerslave (avec des décors égyptiens du plus bel effet accompagnant la cultissime pyramide illustrant l’album éponyme en arrière-plan) avant le fameux Two Minutes to Midnight, dont le refrain est évidemment repris par toute la salle comme un seul homme. S’en suivra Rime of the Ancient Mariner, de quasiment 13 minutes, qui nous fait voyager dans les tourments surnaturels d’un marin sous des images et animations particulièrement bien choisies et immersives. Cependant, ce titre sera précédé d’une petite pique envers Anne Hidalgo, s’étant apparemment opposée (ou en tout cas certains de ses collaborateurs) à la descente d’un albatros dans le ciel pour accompagner le morceau, alors que ledit albatros était un cascadeur… Entre rires et sifflets, les réactions du public différent mais semblent aller dans le même sens !
Run to the Hills, joué juste après, verra évidemment son refrain être chanté à pleins poumons par l’entièreté de la salle, avant un Seventh Son of a Seventh Son que nous trouvons dispensable, tant sur la durée que sur l’animation du titre, bien que l’on ne puisse reprocher au groupe une mauvaise interprétation. Nous profitons de ce titre pour nous faire une petite réflexion avec des amis également présents en fosse, à savoir que la scène aurait vraiment gagné à être un peu plus surélevée, au moins d’un bon mètre. C’est en effet un des rares concerts où nous ne voyons que si peu la base de la scène, nous contraignant à nous mettre sur la pointe des pieds si nous voulons vraiment voir les musiciens dans leur entièreté. Un petit peu dommage, d’autant que nous étions situés un peu avant le milieu de la fosse : nous n’imaginons donc même pas la visibilité au fond de cette dernière ! The Trooper prendra la suite (sur un rythme peut-être moins rapide qu’en studio), avec un Bruce Dickinson qui viendra agiter le drapeau britannique comme à l’accoutumée, mais qui viendra également brandir notre drapeau tricolore, le tout avec le retour d’Eddie sur scène ! Nous aurons ensuite droit à un magnifique Hallowed Be thy Name avec Bruce Dickinson commençant son interprétation dans une cage et sous un décor de cellule / cachot, avant de s’avancer petit à petit vers l’échafaud et de disparaître sous celui-ci au fur et à mesure de l’avancée du titre. Un moment marquant, accompagné par le chant à l’unisson du titre du morceau par toute l’arène, à en faire presque trembler les murs. Nous finissons, sur le papier, ce concert avec Iron Maiden (le titre, pas le groupe) et un Eddie géant sortant presque de l’écran, pour une image qui restera gravée dans nos mémoires.
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Évidemment, le show n’est pas véritablement terminé, puisque le groupe nous gratifie de trois titres en guise de rappel, à savoir un génial Aces High, tant par ses décors que par son interprétation, un majestueux Fear of the Dark repris par l’assemblée comme si sa vie en dépendait (et durant lequel nous n’avons pu nous empêcher de lâcher une petite larme d’émotion) et enfin un Wasted Years, dans un décor de vaisseau spatial, matérialisant bien à quel point les concerts d’Iron Maiden sont d’un autre espace-temps. Il est déjà 23 heures passées et c’est malheureusement l’heure de quitter la Paris La Défense Arena, non sans la sensation d’avoir pris une vraie claque émotionnelle et visuelle. Nous ne pouvons pas en dire autant du son (nous insistons dessus, mais quelle déception à ce niveau) ou encore de l’ambiance générale de la fosse. En effet, si celle-ci n’économisait pas son oxygène pour chanter et sauter sur place par moments, très peu de mouvements en émanant furent à noter et nous n’avons constaté, de notre position, aucun slammeur. Un mal pour un bien, mais nous aurions aimé que la fosse soit plus vivante, bien que cela pouvait s’expliquer par l’âge moyen relativement mûr de l’audience. Que cela ne tienne, si la fosse manquait d’énergie, ce n’est pas le cas des membres d’Iron Maiden qui, à l’approche des 70 ans pour la plupart d’entre eux, ont fait preuve de bien plus d’énergie que de nombreux trentenaires dont nous faisons partie. Nous espérons être aussi en forme à leur âge !
Il n’y a pas à dire, un concert d’Iron Maiden, cela ne se décrit pas, cela ne se commente pas, cela se vit. Alors, pourquoi écrire tant sur ce concert dans ce cas, qui plus est si aucun mot ne pourrait rendre justice à la superbe prestation à laquelle nous avons eu droit ? Tout simplement car il serait injuste de passer sous silence un tel concert et une telle performance. Malgré notre fatigue, nous en aurions bien demandé une heure de plus et, chance que nous avons, le groupe ne semble pas prêt de tirer sa révérence prochainement. Espérons pouvoir les revoir de nombreuses autres fois et qu’ils soient toujours dans cet état de forme, accompagnés de leurs sourires communicatifs ainsi qu’avec la joie de performer en live sans qu’ils ne présentent jamais de signes de fatigue. Les hommes peuvent fatiguer, les légendes non. Iron Maiden fait indiscutablement partie de cette seconde catégorie et, même dans 500 ans (pour revenir sur les mots de Bruce Dickinson, s’étant emmêlé les pinceaux entre 50 et 500 ans pour évoquer cette tournée avant de se rattraper en disant que 500 ans, c’est plutôt l’âge cumulé des membres du groupe), la légende autour de ce groupe ne saurait être écornée. Dans le pire des cas, les précédentes générations retourneront dans le passé dans un vaisseau sous les riffs de Wasted Years pour s’en convaincre. Au vu du show auquel nous venons d’assister, qui était déjà un retour vers le passé, aucun doute qu’Iron Maiden fera encore voyager ses fans à l’avenir et durant de très longues années.
📸 : Jens De Vos
