Chronique: Corrosion of Conformity « Good God / Baad Man », un retour massif entre groove imparable et ambiances maîtrisées
Huit ans après No Cross No Crown, Corrosion of Conformity signe un retour particulièrement attendu avec Good God / Baad Man. Un double album ambitieux, pensé comme une œuvre à deux visages, qui confirme que le groupe n’a rien perdu de sa superbe, bien au contraire.
Dès les premières écoutes, une évidence s’impose : la première partie, Good God, est la plus immédiate. Plus accrocheuse, plus percutante, elle aligne les riffs lourds et les grooves irrésistibles avec une efficacité redoutable. Impossible de ne pas hocher la tête face à cette mécanique parfaitement huilée. Le groupe excelle dans cet équilibre entre puissance brute et sens du groove, signature sonore qui a forgé sa réputation depuis des décennies.
La seconde moitié, Baad Man, se montre plus posée, presque plus réfléchie dans son approche. Moins frontale, elle ose davantage, explore, et installe des ambiances plus marquées. Des interludes comme « Mandra Sonos » viennent enrichir l’expérience, apportant une respiration et une dimension presque expérimentale à l’ensemble. Dans cette même logique, « Bedouin’s Hands » illustre parfaitement cette volonté d’élargir le spectre musical du groupe, en proposant des textures et des atmosphères plus immersives.
Ce contraste entre les deux disques fonctionne globalement très bien. Là où Good God frappe immédiatement, Baad Man s’apprivoise avec le temps. Une dualité qui pourrait dérouter certains auditeurs, mais qui témoigne surtout d’une vraie ambition artistique.
Musicalement, Corrosion of Conformity reste fidèle à son ADN : ce mélange emblématique de sludge, de stoner et de southern metal, porté par une voix immédiatement reconnaissable et un sens du riff toujours aussi affûté. Les compositions sont solides, les arrangements bien sentis, et l’ensemble dégage une impression constante de maîtrise.
Mais au-delà de la technique et de l’efficacité, c’est surtout cette capacité à créer des ambiances qui marque ici. Le groupe ne se contente pas d’enchaîner les riffs : il construit de véritables univers, joue avec les dynamiques, et donne à l’album une profondeur bienvenue.
Au final, Good God / Baad Man s’impose comme un retour solide et inspiré. Un album dense, certes, mais généreux, qui confirme que le groupe est toujours capable de se renouveler sans renier son identité. Un disque qui demandera sans doute plusieurs écoutes pour être pleinement apprivoisé, mais qui récompense largement l’investissement.
