Enter Shikari au Bataclan 2025 : un concert intense et un hommage vibrant dix ans après les attentats
À deux jours du triste anniversaire des 10 ans des attaques terroristes ayant frappé Paris et Saint-Denis, quel meilleur hommage pouvions-nous rendre aux victimes innocentes de cette atroce nuit que de venir célébrer la vie, la musique et l’amour sur les planches du Bataclan ? Cela serait mentir que de dire que nous n’avions pas eu une certaine angoisse et que nous n’avions pas eu de fortes pensées pour ces personnes avant ce concert, mais la vie et le souvenir doivent prendre le dessus, sans jamais oublier ni pardonner.
C’est dans cet état d’esprit que nous nous rendons au Bataclan pour voir Enter Shikari dans le cadre de l’ultime date de sa tournée européenne, les Britanniques étant accompagnés pour l’occasion de DeathbyRomy, que nous ne connaissions pas jusqu’alors (eh oui, personne n’est parfait). Nous arrivons suffisamment en avance pour passer directement au stand de merchandising et, si les prix sont désormais ce qu’ils sont, nous notons un t-shirt exclusif à la date du Bataclan dont les bénéfices seront reversés à l’association The Nick Alexander Music Trust, du nom de l’ancien responsable merchandising d’Eagles of Death Metal décédé en fonctions durant la soirée du 13 novembre 2015. Initiative plus que louable et, pour une fois, nous ne pesterons pas sur le prix du t-shirt (nous en avons d’ailleurs pris un).
Places aux réjouissances désormais avec DeathbyRomy qui monte sur la scène à 19h50 devant une salle moyennement remplie. La chanteuse (car il s’agit d’un pseudonyme pour une artiste « solo ») vient ouvrir la soirée accompagnée de 3 musiciens (une bassiste, une guitariste et un batteur) et nous surprend avec un univers assez difficile à définir, dans un mélange de pop, de punk et de hard-rock atmosphérique… on avoue ne pas trop percevoir une réelle ligne directrice dans le style, mais le show
est plutôt bon ! Les trois femmes ont bien bossé leur set et cela se voit, avec de multiples chorégraphies entre ces dernières donnant un aspect théâtral à l’ensemble. Chaque membre apporte une réelle énergie et les trois femmes occupent toute la scène, alternant régulièrement de position. On aura même la sensation que la frontwoman laisse bien volontiers par moments le devant de la scène à ses musiciennes, qui viennent jouer avec les personnes des premiers rangs. Le public, plutôt mitigé au début du set, finit par être convaincu au fil des morceaux et applaudit le groupe à chaque fin de titre. Nous noterons que certains de ces derniers passent très bien (Little Dreamer, Guerra et No Mercy notamment) mais que d’autres tombent malheureusement un peu à plat (Hellhound pour ne citer que lui), ce qui vient ternir une prestation pourtant remplie d’envie et plus que convaincante. Quelques mots peu élogieux envers les dirigeants américains et russes, un soutien pour la Palestine ainsi qu’un mosh pit demandé et obtenu avant les remerciements pour le public et s’en est déjà fini, DeathbyRomy donnant rendez-vous au public parisien le 15 février prochain aux Étoiles. Une mise en bouche plutôt agréable, pas inoubliable non plus, mais nous avons quand même passé un bon moment d’une grosse demi-heure !
Un petit entracte plus tard (durant lequel certaines animations se déroulent sur scène, notamment une représentation des membres des têtes d’affiche de la soirée en version Mii, les avatars bien connus des amateurs de jeux vidéo) et c’est au tour d’Enter Shikari de prendre possession de la scène. Si le Bataclan n’affiche pas complet (les gradins étant même fermés ce soir), la salle est toutefois nettement plus remplie que pour DeathbyRomy et c’est à 21 heures tapantes que les Britanniques délivrent les premières notes de Bloodshot devant une fosse déjà très chaude. Preuve en est que dès le deuxième titre, à savoir { The Dreamer’s Hotel }, les slams commenceront, devant un parterre dansant dans tous les sens. Anaesthetist se verra précédé d’un concours de vocalises initié par le frontman Roughton Reynolds (

« Rou » pour les intimes) entre les deux côtés de la fosse et qui verra également la formation du premier véritable pit de cette soirée. Le titre Live Outside sera repris par l’ensemble de la fosse avantque Satellites* * ne vienne à nouveau faire danser un public heureux d’être là et de profiter de l’énergie délivrée par Enter Shikari, sous un light-show sublime. On n’en a pas encore parlé jusque-là, mais la scène est décorée de sortes de colonnes à écrans incrustées toutes sous une direction artistique reprenant les thèmes des titres joués : c’est du plus bel effet ! Cependant, si nous en prenons pleins les yeux avec un light-show aux petits oignons, nous en prenons également plein les tympans avec un Juggernauts durant lequel nous entendrons presque plus la fosse que le chant de « Rou »! Nous avions rarement vécu ça, d’autant que nous sommes placés quasiment en frontrow mais sur la droite, donc à proximité des enceintes. Si le son est fort, que dire donc des voix de la fosse ? Une ambiance assez dingue à laquelle, pour être totalement honnête, nous nous n’attendions pas forcément. Non pas que l’on doutait de l’amour du public pour Enter Shikari mais plutôt car cela fait bien longtemps que nous n’avons pas assisté à une telle communion. Et, comme si cela ne suffisait pas, les slams se font extrêmement présents, devant une sécurité presque médusée. Quel moment !
Petit break bien mérité et après quelques petits mots en français du bassiste Chris Batten (une nouvelle fois, « Batty C » pour les intimes) avant que It Hurts ne renvoie la sauce, pour le plus grand plaisir d’un Bataclan tout acquis. Arguing With Thermometers nous fera tous bouger frénétiquement, que cela soit dans le pit ou sur nous même au rythme de chaque note et les calories ingurgitées au déjeuner fondent à chaque titre interprété par le groupe. Plus efficace qu’un régime ! La chaleur et la transpiration se feront d’autant plus importantes lors de Destabilise, notamment lors de son breakdown qui viendra casser des nuques par paquets de douze. Une nouvelle fois, on se doit de noter la folle énergie du groupe bien rendue par son public : on a rarement eu aussi chaud à cette période de l’année ! Ce n’est pas Sssnakepit qui viendra calmer tout ça, le public du Bataclan effectuant un gros circle pit occupant facilement la moitié de la fosse. Quelques
nouveaux remerciements au public de la part du quatuor avant Jailbreak qui verra « Rou » jouer avec les lumières des projecteurs sur la scène, modifiant le sens des feux de ces derniers comme par magie, avant que le groupe ne nous offre le très dansant Rabble Rouser. Le « dubstepique » Havoc B viendra mettre en transe l’assemblée, avant le tube, l’hymne, que disons-nous, la madeleine de Proust de toute une génération d’emos, le fameux « clap clap clap »… si vous l’avez deviné, bravo, mais Sorry, You’re Not a Winner ! Jeux de mots mis à part, on sent une décharge d’énergie intense de la part du public lorsqu’il entend les notes iconiques de l’intro de ce titre et, même si Enter Shiraki ne peut pas être perçu aujourd’hui comme un groupe de metalcore à proprement parler, il va sans dire que ce titre a dû amener de nombreuses brebis vers ce style de musique. On notera d’ailleurs que ce morceau est interprété dans deux versions différentes, avec un premier couplet en version très metalcore avec les screams qui vont bien et un second, plus doux, un peu plus électronique, plus lent et plus atmosphérique, qui nous surprend, mais en bien ! The Last Garrison aura la tâche de « conclure » le set sous des jeux de lumières et de lasers assez impressionnants, mais également sous une chaleur toujours plus intense, les membres de la sécurité distribuant même des verres d’eau à qui le voulait.
Suite à ce titre, les Britanniques quittent les planches parisiennes quelques minutes, avant de revenir sous les supplications et vivats de la foule, cette dernière criant « Enter Shikari » jusqu’à s’en rompre les cordes vocales. Le titre …Meltdown viendra à nouveau mettre dans un état second un Bataclan qui ne demandait que ça et Slipshod nous en mettra, une fois encore, plein les yeux dans un déluge d’effets de lumières et scéniques. Comme durant l’intégralité du show, chaque membre d’Enter Shikari a le sourire jusqu’aux oreilles et ne peut s’empêcher d’avoir toujours un regard et une attitude plus que positive envers son public, ce dernier ne cessant de lui rendre. Rob Rolfe, batteur de la formation, prendra même la parole pour dire qu’il ne « pensait pas pouvoir qu’ils auraient pu rêver d’un meilleur public pour finir cette tournée ». C’est le sentiment qu’on a également et, même si nous n’avons évidemment pas pu juger des autres publics, nous devons bien reconnaitre que l’ambiance est totalement folle ce soir à Paris. Nous aurons droit au très symbolique A Kiss For The Whole World x en ultime titre, qui viendra prouver une dernière fois tout l’amour réciproque entre Enter Shikari et son public.
Nous ressortons du Bataclan l’esprit léger, enjoué et nous sommes véritablement heureux d’avoir pu assister à une telle soirée. S’il n’y a pas grand-chose à redire sur la prestation d’Enter Shikari, nous n’allons pas dire que c’était l’un des meilleurs concerts auquel nous ayons assisté et ce pour une bonne raison. En effet, plus que le concert en lui-même ou la prestation scénique du groupe, c’est surtout l’ambiance qui nous aura marqués, ayant été touchés par l’investissement, la joie, les danses et le plaisir de tous ceux qui étaient présents ce soir dans l’enceinte du boulevard Voltaire. Nous pensons même que ce n’est pas Enter Shikari qui a joué ce soir, mais plutôt Enter Shikari and his Parisian audience. Cela fait longtemps que nous n’avions pas assisté à une telle ambiance et à une telle communion entre un groupe et son public, ce qui nous fait nous dire, malgré le fait que nous aurons toujours dans un coin de tête l’horreur s’étant déroulée il y a presque dix ans jour pour jour dans cette salle, que le Bataclan n’a jamais été aussi vivant.
Ce live-report est bien sûr dédié à toutes les victimes innocentes du 13 novembre 2015. Nos pensées et nos prières vont évidemment à toutes celles et tous ceux qui ont été touchés, de près ou de loin, par ces attentats. Ni oubli, ni pardon et puisse la vie et ses plaisirs continuer, en l’honneur et en hommage à celles et ceux qui sont partis trop tôt il y a dix ans.
Merci à Veryshow Productions pour l’accréditation.
Live report : Enter Shikari & DeathbyRomy @bataclan, 11 novembre 2025
