Chronique – MACHINE HEAD – UNATØNED, entre tradition et évolution
Après plus de trois décennies de carrière, MACHINE HEAD revient avec UNATØNED, onzième brûlot d’une discographie aussi percutante que tumultueuse. Premier album avec le batteur Matt Alston et le guitariste Reese Scruggs (ex-Havok), UNATØNED marque un retour à l’essence même du groupe, tout en laissant filtrer quelques touches d’évolution bienvenues.
Retour aux fondamentaux, avec un soupçon de nouveauté
Dès l’intro « Landscape of Thorns », qui pose un climat menaçant en 31 secondes, l’album s’envole avec « ATØMIC REVELATIØNS », un morceau qui sent la poudre et le riffing serré. La patte MACHINE HEAD est intacte : grooves massifs, agressivité frontale, et ce chant caméléon de Robb Flynn, capable de hurler comme un damné avant de glisser sur des refrains mélodiques sans jamais perdre en intensité.
Les titres s’enchaînent comme des coups de poing. « UNBØUND », l’un des singles les plus efficaces du disque, incarne parfaitement cette dualité entre furie et mélodie, signature du groupe depuis The Blackening. La production, toujours menée de main de maître par Robb Flynn lui-même, épaulé par Zack Ohren, Colin Richardson et Chris Clancy, donne à chaque instrument une place royale. Mention spéciale à la section rythmique, avec un Jared MacEachern ultra solide à la basse et un Matt Alston qui s’impose avec une frappe précise et brutale.
Un interlude surprenant et une palette élargie
Au cœur de la tempête, « Dustmaker » surgit comme un ovni. Interlude de 2 minutes 10, entièrement instrumentale, elle rompt le rythme de l’album avec un moment suspendu, presque contemplatif. Un choix audacieux pour MACHINE HEAD, qui n’a jamais été friand de respirations aussi marquées dans ses albums studio.
Mais la vraie surprise vient sans doute de « Not Løng for This Wørld », un titre qui explore des terrains plus mélodiques, plus ouverts. Les riffs sont moins compacts, le chant y est plus nuancé, presque murmuré par moments. MACHINE HEAD y dévoile une facette plus vulnérable, sans pour autant sacrifier son identité.
Collaboration monstrueuse et final cathartique
“These Scars Wøn’t Define Us”, avec son casting vocal impressionnant (Anders Fridén, Cristina Scabbia, Andrea Ferro, Trevor Phipps) est une véritable bombe thrash/metalcore, pensée comme une célébration de la scène actuelle. Un moment de communion rare, qui fonctionne autant pour sa violence que pour sa portée symbolique.
La fin de l’album continue d’envoyer la sauce avec « Addicted to Pain » ou encore « Bleeding Me Dry », morceau fleuve de plus de 5 minutes aux allures de descente aux enfers. Enfin, “SCØRN” referme l’opus sur une note presque élégiaque, portée par un piano discret et une tension émotionnelle palpable.
Verdict
UNATØNED n’est sans doute pas le meilleur album de MACHINE HEAD, mais c’est un disque solide, honnête, brutal, et suffisamment varié pour capter l’attention de l’auditeur du début à la fin. Dans la droite lignée de Of Kingdom and Crown, le groupe continue de perfectionner sa formule, tout en y injectant des éléments nouveaux sans jamais se trahir.
La production est énorme, les compositions efficaces, et même si le terrain est familier, il y a dans UNATØNED une énergie de renouveau, probablement insufflée par l’arrivée de sang neuf. MACHINE HEAD prouve encore une fois qu’il reste une valeur sûre du metal moderne, capable de tenir la dragée haute aux plus jeunes, tout en restant fidèle à ce qui a fait sa grandeur.
