Interview de TRANK pour la sortie de l’album « The Ropes »

TRANK est un groupe de rock indépendant français qui mêle rock alternatif puissant et inspirations new wave / cold wave. Formé près de Genève en 2016, et choisis en 2018 comme première partie par Deep Purple, Anthrax, Disturbed et Papa Roach, il vient tout juste de sortir son premier album intitulé « The Ropes ». C’en était assez pour poser quelques questions à Michel André Jouveaux, le chanteur du groupe.

Le groupe a été créé en 2016, et vous avez déjà ouvert pour des groupes comme Deep Purple, Anthrax, Disturbed ou encore Papa Roach alors que vous sortez seulement votre premier album. Comment tout ça s’est passé ?

M.J.: Ca s’est fait au culot. Après un premier EP pour se faire la main fin 2016, on a enregistré 3 singles en 2018, dont on avait déjà prévu qu’ils seraient sur un album à venir. On s’est rendu compte que tout ça sonnait assez « ample », assez épique : on préférait donc mettre les chansons en valeur en les jouant dans de grandes salles, comme groupe de première partie, que comme headliner dans des petits jauges. On y est donc allés au culot : quand ils tournent en Europe de l’Est, la plupart des groupes internationaux choisissent des premières parties ponctuelles plutôt que de tourner avec le même groupe pour des séries de dates, donc on s’est dit qu’on avait nos chances et on a approché quelques gros tourneurs. Et d’abord Deep Purple, puis tous ces autres groupes que tu cites ont aimé les chansons et nous ont fait confiance.

Vous vous présentez comme un groupe de rock français mais basé en Suisse, n’est-ce pas là une situation particulière ?

Pas de notre point de vue, non 🙂 . On s’est tous retrouvés dans la région de Genève pour le travail, il y a des années, chacun de son côté. Rien de plus exotique ou mystérieux que ça, on n’est pas des évadés fiscaux…

En parlant de situation, comment vivez vous toutes les restrictions actuelles et la quasi impossibilité de pouvoir jouer en Live ?

Comme tout le monde. Mal. On a cela dit profité du confinement pour finir de mixer l’album. Le mix a été fait par Brian Robbins, qui est basé à New York : on a tout fait avec lui à distance. C’est non seulement un pro chevronné (il a mixé les albums les plus marquants de Bring Me The Horizon ou Asking Alexandria), mais une vraie crème, avec une patience infinie : on a donc pu mettre au point avec lui une méthode de travail qui nous a permis d’aboutir au mix qu’on voulait, malgré la distance.

Votre album « The Ropes » vient tout juste de sortir, qu’est ce qui remonte en premier des différents avis qu’on vous a partagé ?

Pour l’instant, les critiques sont exceptionnelles. Ce qui bien sûr nous fait plaisir. Mais surtout, elles reflètent exactement ce qu’on voulait faire : une musique finalement assez inclassable, avec des influences qui viennent à la fois de l’alternatif des 20 dernières années, du métal 90’s et de la cold wave électronique depuis les 80’s, avec assez de jeu sur le niveau d’énergie, l’ombre et la lumière pour que les 52 minutes de l’album passent toutes seules. Mais les gens entendent aussi ce qui fait notre style, et qui est plutôt une question d’équilibres. Entre la puissance et l’émotion, qu’on veut intense – on y met nos tripes pour remuer celles des autres. Entre l’énergie – et le raffinement : l’énergie des riffs, de la rythmique et des montées de voix, mais elle est mise en scène avec des arrangements et un mix fouillés, travaillés pour créer une atmosphère où on découvre de nouveaux détails à a chaque écoute. Entre la noirceur – dans les textes et le côté rageur, un peu sombre – et la lumière : TRANK ne joue pas une musique extrême, on la veut accrocheuse et accessible, et on ne s’imagine pas pied au plancher à hurler des histoires mortifères pendant une heure et demie de concert. Ni même quatre minutes de chanson.

Vous avez enregistré cet album au Studio Des Forces Motrices, pour quoi ce choix ?

On a enregistré dans trois studios, en fait. Une partie des batteries aux Forces Motrices à Genève, chez David Weber qui a beaucoup bossé avec les Young Gods ; l’autre partie dans le studio Ella de Serge Fernex, à Thonon ; les guitares, basses et voix dans le studio de notre ingénieur et producteur, Yvan Barone ; et les machines chez moi. Pour tous ces choix les raisons étaient les mêmes. D’abord on voulait que les enregistrements aient beaucoup de détail et de richesse harmonique : on a choisi des studios équipés « vieille école », au sens noble du terme, notamment en termes de console (chez David Weber c’est une Neve, chez Serge une SSL 4000G comme neuve, et chez Yvan une Amek Angela, toute analogique, qui a appartenu à Queen). Ensuite on voulait des studios où Yvan comme nous se sentirait à l’aise, pour donner les meilleures performances possibles. A part certains synthés qui sont séquencés, tout est joué live – les batteries sont des batteries acoustiques, il n’y a ni auto tune ni aucune gadget sur les voix, etc. Donc jouer dans un environnement qui permet de titrer les meilleures performances de nous-mêmes était essentiel. Dans les trois studios on se sent comme chez nous.

Et comment a-t-il été écrit et composé ?

Il y a toujours l’un d’entre nous à l’origine d’une idée, que je structure de mon côté et qu’on développe et arrange en groupe, avant que j’habille l’instru avec le texte et les voix. La musique est en général apportée sous forme d’idée, embryonnaire ou déjà assez aboutie, par l’un d’entre nous, souvent Julien (guitares) ou David (basse) ; puis je structure l’idée (cette partie ci est un couplet, l’autre un refrain, et doublons donc ce truc-là pour en faire un pont…), avant qu’on l’arrange ensemble en salle de répète. Une fois qu’on a une base guitare / basse / batterie qui se tient, je commence par ajouter un peu de couleur avec les synthés (que je collectionne), puis on retravaille un coup pour être certain que tout fonctionne ensemble. Une fois l’instru achevé, je pose le texte et la mélodie vocale. Il arrive aussi que j’amène un morceau complet au groupe – sous forme de démo avec la structure et la voix complètes, mais sans arrangements, pour que le morceau reflète au final l’identité sonore du groupe, ce côté à la fois massif et fouillé qui tient énormément aux styles de jeu et au son de chacun.

Les paroles semblent être assez directes ou tout du moins bien réelles, pouvez-vous nous en dire plus ?

Elles se lisent à plusieurs niveaux. En général elles partent d’une observation et elles se structurent autour d’un narrateur imaginaire – et d’une situation donnée, mais avec une portée plus large. L’exemple type c’est Bend or Break. Le texte est parti d’une phrase que j’ai entendue un jour au sujet du SM, et qui disait que les soumis, les dominés, étaient tout sauf des gens faibles : ce sont des forts, qui cherchent plus forts qu’eux pour les rassurer. A un niveau premier, la chanson parle de ça : le narrateur dominant croit pouvoir plier ou briser l’autre personne, mais n’y arrive pas, à sa propre surprise, et leur fascination mutuelle vient de ces efforts répétés, de l’un pour dominer, de l’autre pour se laisser faire. Mais au-delà de ça, la chanson peut se lire sur le thème de la résilience : quand on l’a jouée en Europe de l’Est et que les gens entendaient le refrain, ils devenaient dingues, parce que ça fait des décennies que l’histoire essaie de les plier ou de les briser, et qu’ils se relèvent à chaque fois.

Pouvez-vous nous expliquer le concept de la pochette ou l’on retrouve bien des cordes (The Ropes) mais aussi ce cube en plein milieu ?

On s’est rendu compte assez vite qu’il y avait un lien thématique entre les chansons : elles parlent toutes de relations, des liens qui nous lient les uns aux autres – voulus ou imposés, bénéfiques ou destructeurs, simples ou compliqués. La chanson « The Ropes », qui traite de ce sujet-là de manière plus explicite que les autres (avec là aussi une analogie basée sur le SM), nous est donc apparue comme un titre idéal pour tout l’album. On a donc tiré l’imagerie de la pochette du clip de la chanson, réalisé par notre directeur visuel, Alban Verneret.
Pour ce qui est du « cube » – c’est un monolithe 🙂 . On voulait un visuel central aussi simple et fort que notre nom, et qui comme lui, évoque un peu le côté massif mais indéchiffrable de la musique. On voulait aussi refléter une idée centrale à notre attitude dans les textes – ouvrir, ou ré-ouvrir, les yeux des gens sur certaines réalités inconfortables, non pas pour les déprimer, mais pour leur donner la force de les affronter. Il a dû falloir 25 secondes dans nos discussions avec Alban, qui a créé la pochette – jusqu’aux petits logos qui accompagnent chaque chanson, pour que le monolithe de « 2001 » de Kubrick soit mentionné – qui dans le film joue à la fois le rôle d’un relais de communication, et d’un vecteur d’intelligence. Mais on a aussi beaucoup parlé du fait que notre musique, même si elle a un côté un peu « monolithique », massif, est aussi très accessible : notre monolithe à nous est donc ouvert. On invite les gens à regarder dedans, pour s’y découvrir eux-mêmes. C’est profond, non ? Après on va encore dire que les groupes de rock sont des bourrins 🙂 .

Quels sont vos projets à court terme ?

Rejouer. Et en attendant, on compose le deuxième album. Mais à très court terme on veut soutenir le premier album sur les réseaux sociaux et faire le mieux possible pour compenser l’absence de concerts pour exposer les chansons aux gens.

Et à long terme ?

La gloire, la fortune, la décadence ? Non, on pense juste avoir quelques albums en nous dont on pourra être fiers en regardant en arrière. Et on veut pouvoir dire qu’on a créé une communauté de gens autour de nous qui se seront retrouvés dans la manière dont notre musique rejette la simplicité préfabriquée pour retrouver une forme d’émotion et de recherche sonore, qui soit accessible sans être basique.

Un dernier mot ?

A bientôt sur scène. Et du coup, portez vos masques, qu’on en finisse avec ces conneries. (et bravo pour votre nom, j’adore T Rex).

 

Plus d’infos: https://www.trankmusic.com/



xWebbYx

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Rédacteur en chef et administrateur de TRexSound.com.

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