Chronique : WARBRINGER – Weapons of Tomorrow

« Time is a flat circle »

Après la disparition du thrash au début des années 90, avec un virage plus heavy pris par les fleurons du genre (et une très longue descente aux enfers dans le cercle de la médiocrité pour certains…), le thrash dans sa forme la plus pure à refait son apparition au début des années 2000. Pendant 10 ans, de nombreux groupes comme Municipal Waste, Havok et nos gars de Warbringer ont fait revivre la nostalgie des 80’s avant que cette nouvelle vague ne finisse par s’essouffler d’elle même. La nostalgie ne dure qu’un temps voyez-vous. Ce cycle cruel a poussé certains à se ré-inventer. Proposer du neuf quitte à sortir des sentiers battus. Et les mecs de Warbringer ont su nos proposer, en plus d’un thrash de très belle facture, une recette agrémentée d’une jolie pointe de death et black.

L’équilibre dans le dosage de ces ingrédients s’est amélioré d’albums en albums tout comme les paroles de John Kevill qui a développé un vrai sens de la narration avec en point culminant le dernier titre, à la durée symbolique (quoiqu’un peu poussive), du dernier album: « When the Guns Fell Silent » sorti en 2017.

« Break the circle »

Warbringer nous revient en 2020 avec leur 6ème album: « Weapons of Tomorrow« . Les deux premiers singles ne m’avaient pas enthousiasmé outre mesure. On retrouve naturellement un thrash efficace avec un très beau travail des guitares, mais il y avait un sentiment de déjà entendu. Je me suis donc lancé dans ce « Weapons of Tomorrow » sans grandes attentes. La baffe ne fut que plus violente!

Dès le troisième titre, l’album prend son envole. « Crushed Beneath the Tracks » démarre avec un riff bulldozer tandis que la double pédale se met en route et que la voix de John Kevill se fait agressive comme jamais. Les effluves de death nous sautent à la gorge et les guitares d’Adam Caroll et Chase Becker nous envoient des solos et leads de toutes beautés. A peine le temps de se remettre de l’uppercut que « Defiance of Fate » se met en route avec un arpège que n’auraient pas renié Hetfield et Hammett époque « Sanitarium ». Et alors que la voix de John rentre en scène, un souffle glaciale s’abat sur nous. Le chanteur embrasse un chant black metal et nous emmène dans le récit sur l’acceptation d’un destin funeste. Ce titre de 7 minutes nous propose un mélange de toute beauté d’un black presque atmosphérique à un thrash aiguisé, se propulsant à mi-parcours dans un élan héroïque où le duo de guitares reprend le chemin de la bataille alors que John Kavill éructe qu’il ne partira pas dans la nuit sans se battre. Magistral!

« Heart of Darkness » est également un titre fleuve de plus de 7 minutes. Et comme pour « Defiance of Fate », Warbringer pousse le curser black metal à un autre niveau. Les blastbeats sont de sortis et les guitaristes font preuves d’une dextérité impressionnante, virevoltant du black au thrash avec des riffs accrocheurs qui ne lassent jamais l’auditeur. John Kevill démontre également une progression impressionnante dans la palette de son chant par rapports aux albums précédents et éructe comme un damné « Darknesssss ». Le registre guerrier de Warbringer n’est pas dans l’apologie de l’héroïsme mais dans la dénonciation des horreurs de la guerre. Et malgré le plaisir d’écouter cet album, les paroles nous mettent par terre. « Glorious End », le titre de clôture de l’album est un bijou de narration à ce niveau. Alors que le titre nous met dans la peau d’un soldat de la première guerre mondiale qui cherche la gloire du champs de bataille et qui part la fleur au fusil rendre ses ancêtres fiers, il est tué, comme d’innombrables anonymes, par les gaz utilisés et tombera sur le champs sans avoir vu l’ombre d’un ennemie.  » Tell me father, have you lied? This is no way for a soldier to die! Was there a meaning when I fell? Where is the glory, where is the glory for me? ». Poignant.

Enfin comment ne pas parler du titre « Notre Dame ». Quasiment un an jour pour jour après le terrible incendie qui a ravagé la cathédrale, Warbringer sort un titre qui reprend l’œuvre de Victor Hugo. C’est inattendu et cela fait plaisir de retrouver cet hommage pour ce monument français dans un groupe de thrash américain.

Au niveau du mixage, l’expérience fut plus déroutante en fonction des moyens d’écoutes utilisés. Au casque et dans la voiture aucun souci, la production est percutante. Par contre sur téléphone, la voix est bien trop mise en avant et écrase le reste des instruments. C’est surprenant et il faut donc s’assurer d’écouter l’album dans de bonnes conditions au risque d’avoir son plaisir quelque peu atténué (enfin en même temps du thrash ça s’écoute respectueusement sur des enceintes maousses pour en faire profiter le voisinage).

Pas de véritable faux pas sur l’album. Certains titres, comme « Unravelling », font plus dans le classique, à savoir du thrash de très bonne facture mais dont l’éclat est quelque peu terni par le reflet des autres bijoux dont recèle l’album.

Non en fait le seul vrai point noir à mes yeux c’est la pochette. Je la trouve sans relief, manquant cruellement de profondeur et de caractère. Bref pas du tout représentative de « Weapons of Tomorrow« . On peut ne pas y prêter attention, mais personnellement j’accorde une grande importance au visuel. Et c’est à mes yeux le seul vrai loupé de l’album: elle est moche. Quel dommage quand on sort un album de cette trempe!

« Weapons of Tomorrow » va être l’album de thrash à battre pour cette année 2020. Et vu la qualité de l’album, cela ne va pas être une mince affaire pour les autres! Warbringer m’a pris par surprise en sortant un brûlot de toute beauté. Un album qui montre une véritable évolution dans le son et le sens de la composition par nos artistes qui ont joué avec les ingrédients pour nous sortir un album de thrash qui sort pleinement du cercle du thrash hommage pour nous proposer du neuf avec une approche hybride parfaitement exécutée.

Chapeau bas messieurs!

TRexSound Rating: 4 out of 5 stars

Track Listing:

1 Firepower Kills 4:20
2 The Black Hand Reaches Out 3:58
3 Crushed Beneath the Tracks 4:22
4 Defiance of Fate 7:08
5 Unraveling 3:21
6 Heart of Darkness 7:13
7 Power Unsurpassed 3:51
8 Outer Reaches 4:50
9 Notre Dame (King of Fools) 5:18
10 Glorious End 6:41

Line Up:

John Kevill – Chant
Adam Carroll – Guitare
Carlos Cruz – Batterie
Chase Becker – Guitare
Chase Bryant – Basse

 

 

Extraits:




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