Live Report : MACHINE HEAD au Bataclan (Paris)

En cette soirée du samedi 24 mars au soir, pendant que certains passent la soirée chez eux, vont boire des coups dans un bar ou sont en dîner de famille, une foule imposante fait la queue devant le Bataclan : en effet, ils ont rendez-vous avec les plus dignes représentants du thrash metal d’Oakland, à savoir Machine Head. Cela faisait un peu plus de deux ans que Robb Flynn et ses acolytes n’avaient plus foulé les scènes françaises, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils aiment notre belle contrée : ayant déjà fait 6 dates en France lors de leur précédente tournée en 2016 (le Bloodstone & Diamonds Tour, qui a instauré les bases du concept …an evening with Machine Head, dont nous reparlerons plus tard), ce ne sont pas moins de 8 dates qui sont prévus pour nous autres français durant cette tournée ! Les non-parisiens se plaignent souvent (et à raison) du fait que leurs groupes favoris se contentent généralement d’une ou deux dates françaises (le plus souvent Paris et éventuellement une autre ville), mais pour cette tournée, il y aura forcément une date près de chez vous !

Revenons-en au concert du soir : nous avons donc rendez-vous avec le quatuor d’Oakland au Bataclan, dont le dernier concert du groupe dans cette salle en 2016 avait dû être annulé en raison des attentats du 13 novembre 2015, avant d’être finalement décalé en mars 2016 au Trianon. L’heure indiquée sur le billet précise que le show commence à 19h30 et, effectivement, mieux vaut ne pas être en retard : 19h31, le groupe monte sur scène, aucune première partie n’étant à noter (le principe de ces shows …an evening with Machine Head étant pour le groupe de venir sans première partie, pour proposer un concert de plus de 2h30), devant un Bataclan pas encore rempli, au vu de la queue à l’extérieur (le concert affiche complet depuis plusieurs semaines), mais qui se rempliera très vite une fois que la sécurité aura compris que le groupe avait commencé. Et quel début ! Robb Flynn et ses potes commencent directement par le classique « Imperium » (qui sera le seul morceau de l’album Through the Ashes of Empires joué ce soir), pour bien chauffer la foule comme il le faut, et les premiers circle-pits commencent déjà. La décoration n’est ni minimaliste, ni excessive, les côtés et le fond de la scène sont recouverts d’immenses fresques représentant le logo du groupe, il y a au sol de la scène des tapis au nom du groupe, les lumières sur scène s’affolent, sans parasiter la vue, et la taille de la scène du Bataclan est idéale pour ce groupe, remplissant correctement l’espace. Le son toutefois est très fort, mais plutôt bon, boules Quies recommandées pour éviter les acouphènes le lendemain. Toutefois, s’il est possible de se protéger l’audition, il sera impossible de se protéger les cervicales, Robb Flynn demandant constamment au public d’headbanguer comme si sa vie en dépendait.

Après cette entrée en matière fracassante, le groupe enchaîne avec le morceau « Volatile », issu de leur dernier album Catharsis. Le public chante moins sur ce morceau, mais la fosse est toujours aussi excitée, et commencent dès lors les premiers slams. Nous avons droit par la suite au titre « Now We Die », dont le passage chanté en clair rend toujours aussi bien, suivi du furieux « Beautiful Mourning », porté par le jeu tout en puissance de Jared MacEachern (basse) avant d’enchaîner « The Blood, The Sweat, The Tears » et « Crashing Around You », qui sont toujours très sympathiques à entendre. Robb Flynn joue parfaitement son rôle de frontman, s’adressant régulièrement à la foule, qui le lui rend bien. Les lumières s’éteignent, et les premières notes de « Clenching the Fists of Dissent » résonnent, et toute la fosse sait ce que cela signifie : pas de quartiers ! Les pogos, circle-pits et slams s’enchaînent et se font de plus en plus violents, à tel point que des planches du sol de la fosse sont littéralement détruits par cette foule impressionnante.

A la fin de ce morceau, pour permettre à tout le monde de reprendre son souffle, Phil Demmel, le guitariste soliste du groupe, vient nous faire une petite démonstration de son talent lors d’un solo de guitare sympathique, mais pas marquant pour autant. Mais bon, tout le monde se remet un peu de ses émotions, et ce n’est pas plus mal. Les lumières s’éteignent une nouvelle fois, avant de laisser apparaître Robb Flynn, seul sur scène, guitares acoustique et électrique sur lui, venant adresser un petit discours à ses fans. En effet, il rappelle l’importance de la musique, de s’aimer les uns les autres, et fait référence aux attentats de 2015 dans cette salle, rappelant à quel point il est heureux de pouvoir à nouveau se produire en France, et qui plus est dans ce lieu. Le public l’écoute attentivement, et lui montre tout son amour, alors que celui, haranguant à la foule de célébrer la musique et de profiter à fond de pouvoir être présent ici, semble vraiment ému. C’est qu’il en verserait presque une petite larme le bougre ! Après cette intervention, le très bon « Darkness Within » est interprété, la foule reprenant d’ailleurs les chœurs de ce morceau pendant 3 bonnes minutes à la fin de celui-ci a capella, ce qui a le don de remplir le chanteur-guitariste de bonheur, au vu de son expression faciale.

Enchaînant avec un « Catharsis », passant plutôt bien l’épreuve du live, puis un « From This Day » qui ravit les fans de l’album The Burning Red, nous avons droit à un « Ten Ton Hammer », sur lequel même une minerve n’empêcherait pas un headbang dantesque, et qui voit bon nombre de nouveaux slammeurs se faire porter par la foule. Puis vient le tour de « Is There Anybody Out There ? », aux couplets presque rappés, retournant une fois de plus la fosse. Un rapide coup d’œil aux gradins semble indiquer que les personnes installées en hauteur s’excitent presque autant que ceux situés en dessous, c’est dire ! Nouvelle interruption des lumières, avant d’entamer un « Locust » joué à la perfection, suivi de la chanson « Bastards », issue du dernier album studio du groupe. Alors, concernant celui-ci, il est clair que notre ami Robb ne va pas se faire que des amis à la Maison Blanche, ce morceau étant avant tout un brûlot politique à destination de Donald Trump et de ses partisans. Néanmoins, d’un point de vue purement musical, ce morceau a du mal à passer l’épreuve de la scène, et il est dommage que Robb Flynn en ait voulu en faire un morceau heavy, car celui-ci était déjà sorti par le passé, mais uniquement interprété par le chanteur jouant d’une guitare sèche, et ce morceau prenait une dimension toute particulière dans cette configuration, qui aurait pu rendre très bien sur scène. Là, il perd en puissance d’impact ce qu’il gagne en puissance sonore, et sincèrement, au vu d’une bonne partie des chansons du groupe, celui-ci fait presque pop en comparaison, même si une fois de plus, le public répond présent de par ses chants.

Après les dernières notes de « Bastards », nous voilà partis pour un nouveau break, afin que Dave McClain puisse lui aussi avoir son petit quart d’heure de gloire en nous faisant cadeau d’un solo de batterie beaucoup plus intéressant techniquement que le solo de Phil Demmel (sans minimiser le solo de celui-ci), et nous prouve encore une fois qu’il est un batteur très sous-coté. Solo dont il profite d’ailleurs pour ouvrir le morceau « Bulldozer », qui est infiniment meilleur en live qu’en version CD. Suivent « Killers & Kings », pour lequel la fosse répond encore présent (âmes sensibles s’abstenir), et un « This Is the End » plutôt rare ces derniers temps, mais on comprend rapidement qu’il est là pour remplacer le fameux, l’unique « Davidian ». Un concert de Machine Head sans « Davidian », cela fait toujours un peu bizarre, surtout au vu de la puissance sans équivoque de ce morceau (et ce, dès ses premières notes), mais on peut penser que les paroles du refrain de celui-ci ont sûrement dissuadé le groupe de le jouer au Bataclan, au vu des événements tragiques qui s’y sont déroulés (théorie confirmée de par le fait que ce morceau a été joué l’avant-veille à Rouen…). C’est un choix fort, qui en aura sûrement déçus quelques-uns (et même un peu plus), mais un choix osé, et respectable.

Le groupe se retire alors, avant de revenir pour un (long) rappel. Débutant ce rappel par un « Behind a Mask » qui voit le public sortir briquets et autres flashs de téléphones (nombreux de ces appareils ont été dérobés en fosse pendant le show au vu des bruits de couloir post-concert, ce qui est très regrettable), et Robb Flynn s’affubler rapidement d’un drapeau français avec le logo du groupe à la fin de ce morceau, le quatuor enchaîne sur un « A Farewell to Arms » exceptionnel, aussi bien de par sa rareté en live, mais également par le morceau en lui-même, durant plus de 10 minutes, et le public fait savoir sa joie tout au long du morceau, se finissant en apothéose. Un final sur ce morceau aurait déjà comblé de nombreux fans, mais le groupe en a encore sous la semelle : c’est désormais au tour d’« Aesthetics of Hate » de venir tout détruire sur son passage, comme à l’accoutumé, et on ne se lasse pas du duel de solis entre messieurs Flynn et Demmel. Après une interprétation tout en hargne du morceau presque punk « Game Over », morceau sur lequel on ne peut s’empêcher de voir une attaque personnelle de Robb Flynn contre Adam Duce, ancien bassiste de la formation.

La fin du show est proche, mais ce n’est pas une raison pour autant de faire dans la mesure : alors que l’on sent le fameux « Old » arriver, voilà que Robb laisse sa guitare, pour la prêter, le temps d’un morceau, à un invité surprise : ce dernier n’est autre que Frédéric Leclercq, bassiste de DragonForce, qui vient rejoindre le groupe le temps du morceau, et ce dernier reprend la partition de guitare sans aucune fausse note et avec un sourire communicatif : il est content d’être là, et cela se voit ! A la fin du morceau, après avoir que notre cher frontman ait remercié une nouvelle fois le public parisien d’être toujours présent, et ce après des années de tournées, l’ambiance devient plus obscure, et les notes du morceau culte parmi les morceaux cultes de Machine Head se font entendre : « Halo » arrive, et vient puiser dans ses derniers retranchements la fosse qui donne tout ce qu’elle à, ainsi que tous les autres spectateurs. Effets de fumées et confettis viennent accompagner (la fin) du morceau, et de ce fait, du concert. Alors que Robb s’amuse avec un spectateur habillé en sauterelle (tradution de Locust) et avec un enfant de 6/7 ans étant dans les premiers rangs, le reste du groupe distribue des médiators et des baguettes en veux-tu en voilà aux fans, qui ont encore du mal à se remettre de ce show monstrueux de par son intensité, de par la qualité de la setlist, dont au moins un titre de chaque album studio du groupe aura été joué, et surtout de par sa durée : il était en effet 22h20 environ lors des dernières notes de l’ultime morceau. Machine Head nous a donc offert un show de plus de 2h45, absolument épique, qui se classe facilement dans les tous meilleurs concerts parisiens que le groupe a pu donner. Certains fans, à la sortie de la salle, estimaient toutefois que le groupe pouvaient faire plus, celui-ci ne semblant pas fatigué ou épuisé. Il faut remettre les choses dans leur contexte : la tournée européenne du groupe est longue, les concerts sont très intenses, ce groupe se donne sur scène comme peu d’autres le font, et ils sont surtout très longs (dans le bon sens du terme). 2h45 de show, entre 3 et 4 concerts par semaine sur cette tournée, il faut le faire, et Machine Head le fait d’une excellente façon. Le concept …an evening with Machine Head est une vraie réussite, pourvu qu’elle perdure et que l’on ait d’autres concerts aussi magistraux de ce groupe dans les prochaines années, car ces 4 mecs de la Bay Area sont véritablement des bêtes de scène. Alors, si vous avez l’occasion d’aller voir ce groupe dans les prochaines semaines, foncez, vous ne le regretterez pas : vous ressortirez lessivés et KO de par la claque que Machine Head vous mettra, mais le jeu en vaut largement la chandelle !

Live Report MACHINE HEAD @Bataclan 24/03/2018

 

Machine Head Setlist Le Bataclan, Paris, France 2018, Catharsis

 

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